

L'GARDIEN a écrit:Charente Libre a fait un article sur moi qui devrai pas tarder a etre publié....
Charente Libre a écrit:Le gardien d'éoliennes est un phare dans la nuit
Sylviane CARIN
L'éolienne de Salles-de-Villefagnan ne ressemble pas au phare de la Jument. La Charente n'est pas l'Ile d'Ouessant. Mais ce jour-là , dans la tourmente d'un printemps hivernal, Rudy Chrétien a des airs de gardien-chef. L'autre semaine, ce Breton de 27 ans a débarqué dans le sillage des premières pales à la barre de son camping-car. Accompagné de Vinyle, une dogue argentine blanche, et d'Asia, un beauceron noir, il veille le chantier nuit et jour, et surtout la nuit. Il s'autorise quelques escapades-ravitaillement à l'hypermarché de Ruffec en matinée avant de regagner son océan l'après-midi.
Accroché à l'horizon des blés comme à un récif, rien ne lui échappe. Ni le ballet des convois exceptionnels ni le cortège des curieux qui, par centaines, viennent, comme le week-end dernier, immortaliser les ailes géantes. Rudy a l'œil. Il se rêvait photographe avant d'abandonner son CAP en raison d'une allergie persistante aux matières dites nobles: français et maths. Il est devenu gardien d'éoliennes comme papa et maman. Une histoire de famille.
Il continuera «le temps qu'il y aura des éoliennes». Parce qu'il a un faible pour l'itinérance, les chantiers dont on guette la fin sans trop l'espérer. Un faible pour ceux qui partagent ces tranches de voyages.
Il aime la musique de l'hélice qui tourne, le souffle évanescent qui caresse la campagne. Il aime la liberté des gens qui se couchent tard et qui se lèvent plus tard encore. Il affiche 125 heures de boulot par semaine, sans broncher. Il est travailleur indépendant depuis novembre 2006, payé à l'heure et ne s'en plaint pas.
Rudy Chrétien a choisi. Il a le plaisir de partager sa vie avec ses chiens, «de voir du pays, de découvrir toute l'année de nouvelles régions». Il ne connaît pas l'enfer de la haute mer. La houle du nord s'apparente plutôt à un purgatoire.
Hier en Champagne
aujourd'hui en Charente
A l'épreuve du temps, il apprend. Salue les paysans qu'il croise quotidiennement. Identifie, en quelques secondes, celui qui lorgne d'un peu près un groupe électrogène ou une réserve de carburant. Ses chiens dissuadent toute approche, ses jumelles et son appareil numérique piègent les pirates.
Rudy Chrétien, 1, 84 mètre, 120 kilos, barbiche et chevelure au vent, est un malin. Rodé à la navigation terrestre depuis quelques années. Il sillonne les parcs éoliens en quad pour détecter la moindre anomalie. Déniche l'ennemi derrière les remparts d'orge et de blé. Repousse les hordes dominicales qui prennent les champs pour l'Espace Carat.
Après plus de trois mois passés au chevet des éoliennes de Châlon-en-Champagne, il enchaîne Salles-de-Villefagnan et Xambes jusqu'à l'automne. Pour le même constructeur: Nordex au service de la société Abo Wind.
Rudy connaît la plupart des matelots. Il retrouve ces jours-ci les grutiers qu'il a déjà côtoyés en Champagne et dans les Deux-Sèvres, à Benêt, près de Niort. Un monde que le sien, un peu en marge, comme celui des marins. Il est un phare dans la nuit charentaise. Le plus discret possible. Il a l'habitude d'éteindre la télé. «Plus on est dans le noir, plus on voit les lumières arriver. Pas question de prendre un bouquin, on serait trop absorbé. Au début, c'est dur de s'occuper», reconnaît-il, fataliste.
Heureusement, il y a Vinyle et Asia, ses indéfectibles compagnons et une seule image dans son embarcation: celle des éoliennes. Ses compagnes. Rudy n'est pas un solitaire. Son phare est un mât qui domine la mer du Nord.
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