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Eoliennes et territoires, le cas de Plouarzel

06/2008, by Fanny Allard, Erwan Baconnier et Gaëlle Vepierre

Le présent document (cliquez pour le télécharger) consitute le Mémoire de première année de Master d’économie, Année universitaire 2007 - 2008, de Fanny ALLARD, Erwan BACONNIER et Gaëlle VEPIERRE, étudiants à l'Université de Bretagne Occidentale.

En voici l'introduction :

« Regarde les éoliennes / Mon amour comme elles sont belles » chante Dominique A.1. Le moins que l’on puisse dire est que, malgré l’image « romantique » de l’éolien comme symbole du développement durable, ce point de vue est a priori loin d’être partagé par tous. Relayées par les médias, fortement présentes sur Internet, les contestations autour des projets éoliens semblent gagner chaque jour d’ampleur avec le développement du parc français.

Portant non seulement sur l’aspect esthétique, mais également sur des thèmes allant de la réalité de ses impacts environnementaux à son coût, en passant par sa dangerosité, les sujets de débats autour de l’éolien sont nombreux et variés. Ces controverses révèlent dans une large mesure une opposition, entre, d’un côté, un soutien global, émanant tant des institutions étatiques que de la population prise dans son ensemble, généralement favorable à cette source d’énergie disposant d’une bonne image, et, de l’autre, une contestation des populations et acteurs locaux du territoire d’implantation.

Comme de nombreux pays occidentaux, la France, face au double enjeu de l’approvisionnement en énergie et du réchauffement climatique, s’est en effet fixée des objectifs ambitieux en termes d’énergies renouvelables. Parmi elles, l’éolien, technologiquement la plus avancée, est privilégié. Une directive de 2001 de la Commission Européenne assigne un objectif global pour les pays de l’Union Européenne (UE) de 12% d’électricité produite à partir de sources d’énergies renouvelables en 2012.

Pour la France, qui, grâce à l’hydraulique, atteignait déjà 15% en 1997, l’objectif indicatif est de 21%, une augmentation de six points dont les trois quarts devraient être mis en œuvre de par l’éolien (Berger, 2004, p.19). Pour ce, un tarif de rachat incitatif de l’électricité éolienne a été mis en place dès juin 2001. Ces objectifs gouvernementaux rencontrent par ailleurs un soutien assez fort de la part de la population.

D’une part, l’éolien, principalement du fait de son image écologique, semble bénéficier d’un large capital de sympathie. Un sondage de 2003 commandé par l’Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie (Ademe) montrait ainsi que 92% des Français se prononçaient pour son développement. D’autre part, de multiples organisations et associations, internationales, nationales ou locales, professionnelles ou citoyennes, s’attachent à le défendre et le promouvoir.

En France, l’association France Energie Eolienne (FEE) rassemble les professionnels du secteur3. Planète Eolienne4 fédère elle les associations locales de promotion de l’énergie éolienne, dont, en Bretagne, fait partie Avel Pen Ar Bed, basé à Daoulas, dans le Finistère5. La volonté de ne pas laisser le champ libre aux industriels et aux opposants, et celle de soutenir une activité vue comme pourvoyeuse de ressources fiscales additionnelles, de travail pour la population locale et d’une diversification de l’activité économique en zone rurale, sont des raisons souvent invoquées à leur actions.

Les principaux arguments avancés par ces associations portent cependant sur le caractère renouvelable de l’énergie éolienne et sa contribution à la lutte contre l’effet de serre ; éléments auxquels est souvent ajouté, dans une allusion au nucléaire, le fait qu’il s’agisse d’une énergie « propre », non productrice de déchets. Mais au niveau local, l’énergie éolienne est parfois âprement contestée. Au vu des arguments de ceux la soutenant, il peut paraître largement paradoxal, ou à tout le moins surprenant, que ce soient ses vertus écologiques qui soient souvent remises en cause.

Pourtant, les arguments les plus souvent avancés par les opposants sont bien les impacts négatifs potentiels sur les paysages et le cadre de vie, résultantes du bruit et de la pollution visuelle, ceux sur la faune et la flore environnante, ainsi que la réalité des impacts sur la réduction des gaz à effet de serre, niée en raison de l’inconstance de la production et du besoin conséquent d’y suppléer par d’autres sources. La contestation est cependant plus large.

Elle porte également sur l’ampleur des impacts économiques pour le territoire, considérés comme nuls ou quasi-nuls en termes d’emplois, et sujets à force cautions et limites en termes de ressources fiscales et de revenus pour les propriétaires terriens. A l’inverse, sont avancés les effets adverses sur d’autres activités économiques, principalement le tourisme et l’immobilier. Enfin, sur le plan socio-politique, les opposants postulent usuellement la dangerosité des aérogénérateurs, tant en termes de sécurité des installations qu’en termes de santé publique, ainsi que l’absence de prise en compte de l’avis de la population.

Est aussi évoquée dans certains cas la perturbation des réseaux qu’ils génèrent et la résultante mauvaise réception de la télévision. Ces oppositions locales, dont les quotidiens régionaux se font régulièrement l’écho, se sont à maints endroits organisées en associations de citoyens. Dans le Finistère, ce sont l’Association du Pays des Abers et l’Association les Abers qui portent le fer. Au niveau national, la contestation, virulente, est principalement portée par deux organisations, la Fédération Environnement Durable (FED) et son site Internet « Vent du Bocage » 6 et l’association « Vent de Colère »7.

Qu’il s’agisse potentiellement uniquement d’un « effet Nimby » (Not in my back yard - pas dans mon jardin) ne constitue pas un contre-argument satisfaisant à ces oppositions du point de vue des territoires et de leurs représentants, qui doivent tenir compte de l’avis de leurs administrés. Que ces oppositions relèvent du fantasme ou de la défense d’intérêts particuliers, ou alors que soient là soulevés de réels problèmes de terrain est en revanche ce qui nous reste à tenter de déterminer.

Car la présence de ces contestations rend la question légitime - et la réponse importante : l’éolien peut-il être considéré comme un outil de développement local ? Est-il un atout pour les territoires ? Or, si les études d’impacts préalables imposées par la loi font une large part aux impacts sur la faune et la flore et étudient le bruit et l’intégration dans le paysage dans l’absolu, elles ignorent en revanche largement les impacts économiques et sociétaux.

Pour essayer d’apporter des éléments de réponse, nous avons choisi de nous concentrer sur le cas du parc éolien de Plouarzel, qui, installé en l’an deux mille pour sa première partie, présente l’avantage d’être l’un des plus anciens de Bretagne, ce qui permet de juger des impacts une fois les premiers remous, les premières passions, pour ou contre, passés. Car certaines contestations apparaissent de fait avant qu’un parc ne soit installé - et qu’une opinion basée sur le concret d’une situation ait pu se former.

Notre démarche a consisté à réaliser une enquête de terrain, tant auprès de la population, via un questionnaire réalisé en se basant sur les argumentaires principaux des pro- et anti-éoliens, qu’auprès des acteurs institutionnels et économiques concernés. Avant de nous intéresser à notre cas d’étude, il conviendra cependant au préalable de mettre en contexte l’énergie éolienne, son importance contemporaine, son mode de fonctionnement, et le cadre juridique et institutionnel dans lequel elle évolue aujourd’hui en France, et le cas particulier dans lequel se trouve la Bretagne à son égard (Première Partie).

Une fois ces éléments ainsi posés, nous tenterons de répondre aux questionnements autour de l’éolien ayant trait aux problématiques de développement local, appliquées au cas de Plouarzel. Un premier aspect concerne ainsi le socioéconomique, la question du surcroît d’activités et de revenus que peut tirer un territoire, ici la commune de Plouarzel, de la présence d’un parc éolien (Deuxième Partie). Mais pour être complet dans une optique de développement local, il est nécessaire que soient également pris en compte les impacts sur le cadre de vie, donc la problématique de l’acceptabilité du parc par la population (Troisième Partie).

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